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Laurent Arthaud directeur du fonds d’investissement InnoBio : « La France est plutôt bien placée dans le domaine des biotechnologies »

2/02/2010

Innobio, fonds d’investissement dans les biotechnologies avec les principaux laboratoires pharmaceutiques opérant sur le territoire national, vient de réaliser son premier investissement dans la société Adocia. InnoBio est géré par CDC Entreprises dans le cadre du programme FSI – France Investissement. Interview de Laurent Arthaud, directeur d’InnoBio.

Vous êtes directeur d’InnoBio, fonds qui vient de réaliser un premier investissement dans Adocia, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est InnoBio et pourquoi cet investissement dans Adocia ?

L’objectif de ce fonds est d’investir dans des sociétés plutôt matures, dans le secteur des biotechnologies, avec un focus particulier sur les sociétés qui font du développement clinique et testent les médicaments sur l’homme. Cette phase est en effet très coûteuse, avec plusieurs années de développement et de tests, donc des difficultés de financement. Il faut savoir que les besoins en financement peuvent aller de plusieurs dizaines de millions d’euros jusqu’à parfois quelques centaines lorsqu’elles arrivent sur les derniers tests… InnoBio est là pour contribuer au financement de ces phases cliniques.
Adocia est une société prometteuse, qui développe une technologie intéressante, BioChaperone™. Cette technologie permet d’améliorer des médicaments déjà existants, en les rendant plus efficaces et moins toxiques. Il s’agit “d’envelopper” des médicaments dans une structure particulière, afin de résister aux attaques naturelles du corps. Il s’agit de médicaments qui, en général, sont brevetés par les laboratoires pharmaceutiques. Cette technologie est développée aujourd’hui par Adocia sur deux domaines : les ulcères des jambes, avec une focalisation du médicament beaucoup plus précise sur la cible, et par ailleurs la régénération osseuse, et en particulier les vertèbres, et plus précisément encore, les vertèbres cervicales. Adocia est une société qui engage désormais une phase d’essais sur les primates et chez l’homme. La raison de cet investissement, c’est aussi, évidemment, la qualité de ses dirigeants et notamment Gérard Soula qui a déjà à son actif une belle réussite dans le domaine des biotech avec la création de Flamel Technologies Inc, seconde société française à entrer au Nasdaq, en 1996.
Gérard Soula est un dirigeant qui sait ce qu’il faut faire pour réussir, il a un savoir-faire et sait comment discuter avec les partenaires pharmaceutiques.

L’ambition affichée du FSI est de développer le savoir faire français dans le domaine des biotechnologies. Justement, en France, où en sommes-nous ? Avons-nous du retard ? Combien existe-t-il d’entreprises de biotechnologies en France ? Comparé aux entreprises de ce secteur au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, quel est notre niveau de performance ?

C’est l’un des objectifs du FSI. La France est plutôt bien placée dans les biotechnologies, à la deuxième place en Europe après la Grande Bretagne, au même niveau que l’Allemagne, mais avec des sociétés mieux armées. Nous avons en France –les chiffres varient suivant la méthode de comptage- environ 400 sociétés de biotechnologies, en intégrant les sociétés de services. Dans ces sociétés, il y en a peut-être 200 qui sont finançables au sens du capital risque et qui peuvent développer de « beaux médicaments » ou des technologies intéressantes. Notre retard par rapport aux Etats-Unis est lié au financement. Nous avons beaucoup de financements publics, mais nous restons en retard sur le financement en fonds propres. C’est ce que nous essayons de corriger.
Ce qui est clair également, c’est que les fonds de capital risque vivent une période difficile. Il y a moins de fonds, et une bonne partie des fonds vont avoir du mal à être levés, à cause des ratios de risque imposés aux banques et aux assurances. Cela pénalise l’investissement.
 Les assureurs et mutuelles qui participaient au financement du capital risque seront sans doute moins actifs dans les prochaines années, avec toutes les conséquences que cela comporte pour le capital risque en France. Après, que le financement public soit plus ou moins important, c’est finalement la contrepartie que nous apportons à un grave problème de marché. Pour l’instant nous intervenons dans un domaine où il y a peu de financeurs possibles en France.
Ce n’est pas le nombre de sociétés (environ 1 500 aux USA et 1 800 en Europe) qui fait la différence, mais leur financement. Les entreprises françaises sont financées deux à trois fois moins que les entreprises américaines et deux fois moins que les entreprises britanniques. Tout simplement parce qu’il y a une grande vigueur des fonds de capital risque aux USA et en Grande Bretagne et plus de facilité à entrer sur les marchés financiers. Pour exemple, à Londres, une société qui fait 10 millions d’euros de CA peut aller sur les marchés. En France, c’est difficilement imaginable.

La participation de neuf laboratoires au fonds InnoBio ne risque-t-elle pas de créer des conflits d’intérêt ?

Il y a deux aspects : la concurrence et le conflit d’intérêt. Sur le premier point, nous avons mis en place un code de déontologie et nous réalisons des comptes-rendus très précis des réunions, notamment pour qu’elles ne conduisent pas à des situations d’entente. Les laboratoires ont d’ailleurs été très vigilants sur ce sujet. Pour les conflits d’intérêt, c’est évidemment un point qui a été largement débattu. L’idée de ce fonds, c’est que les laboratoires pharmaceutiques voient en amont des sociétés qui peuvent les intéresser, que ce soit pour leur rachat ou tisser des partenariats. Notre intérêt d’actionnaire, c’est que les sociétés dans lesquelles nous investissons aient des partenaires. Bien entendu, il y a des risques, mais comme les sociétés pharmaceutiques sont autour de la même table et disposent de la même information au même moment… à eux de l’exploiter ou non. Le vrai risque de captation serait qu’il n’y ait qu’un laboratoire. Je pense donc que la participation des laboratoires pharmaceutiques est un point très positif. Il y a aussi des sociétés dans lesquelles nous investissons et qui ont déjà un partenaire industriel, c’est le cas d’Adocia, là encore, c’est un élément positif. Je tiens à souligner que les industriels autour de la table ne participent en aucun cas à la décision du fonds. Et ce n’est pas parce qu’ils sont déjà dans une entreprise que nous allons décider d’y investir. C’est à nous seul que revient la décision.

Propos recueillis par Laurent Marinot, Agence Plus que les mots

A propos de Laurent Arthaud
Laurent Arthaud a rejoint CDC Entreprises en 2006. Auparavant, il était Président du Pharmavent Partners et antérieurement Vice President d’Aventis Capital.
Ecole polytechnique, Ecole Nationale de Statistique et d’Administration Economique.
Voir également :
Entretien avec Gérard Soula, PDG de Adocia SAS
www.france-investissement.fr/actualites/
 
  

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