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Pierre Leurent, Président de Voluntis : « Diabeo sera peut-être le premier logiciel remboursé par la Sécurité Sociale »

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Pierre Leurent

N’imaginez pas cette petite phrase lancée au hasard par un entrepreneur en mal de sensationnel. L’affaire est plus que sérieuse et Pierre Leurent, jeune président de Voluntis, bien loin des effets d’annonce : son entreprise a de bonnes chances de devenir leader d’un marché mondial innovant, de se mesurer aux résultats des entreprises de biotechnologies les plus performantes. Quand technologie, intelligence et humanité font ménage d’excellence… attention ! Pépite.

Ingénieur de formation, Centralien, Pierre Leurent, ses études achevées, décide de s’orienter vers le secteur de l’informatique médicale : « J’étais passionné par les technologies de l’information et également par le secteur santé, sensibilisé, aussi, à l’accompagnement des maladies chroniques, à l’importance de la dimension humaine et aux enjeux sociétaux sous-jacents ».

Deux motivations qui vont amener Pierre Leurent à réfléchir sur sa carrière après un passage chez General Electric, dans la branche des systèmes médicaux et, en 1998, une expérience déterminante de deux ans dans une entreprise de la Silicon Valley, aux Etats-Unis : « J‘étais très proche du président de cette société et je crois que c’est à ce moment que j’ai attrapé le virus de l’entreprenariat ! Il faut souligner que la période était particulièrement enthousiasmante, avec quantité de nouveaux business liés à Internet. Nous étions aux premières loges pour entrevoir ce que ces technologies allaient apporter, notamment dans une meilleure gestion collaborative des soins ».

Pierre Leurent dresse un constat : il y a deux révolutions en marche. D’une part, la présence du numérique, qui s’intensifie : d’autre part, dans les sciences de la vie, des traitements et un suivi du patient de plus en plus personnalisés. « Nous avons aujourd’hui un vrai défi de société à relever sur les maladies chroniques, puisque le nombre de patients va croissant, ce qui contribue en grande partie à l’augmentation des dépenses de santé. Partout dans le monde, et en particulier dans les pays occidentaux où les structures de soins sont déjà très établies, nous avons besoin de nouveaux modes de prise en charge. Les technologies de l’information ont toute leur place pour apporter une meilleure efficience et une meilleure coordination des soins.

L’offre innovante de la plateforme Voluntis est dessinée. Pierre Leurent a passé plusieurs mois à se forger une conviction sur la pertinence du projet, en discutant avec de grands acteurs, en allant rencontrer des prospects, en se souvenant des conseils que lui a prodigué le philosophe Michel Serres dont il a fait la connaissance aux Etats-Unis et qui est enthousiasmé par le projet.
Pierre Leurent obtient le soutien de Jean-François Gallouin, responsable de la filière des créations d’entreprises de l’Ecole Centrale. « Il m’a mis en contact avec deux élèves ingénieurs, Romain Marmot et Etienne Vial, qui terminaient leur cursus et voulaient à tout prix créer une entreprise. Ils travaillaient sur un projet mettant en œuvre des technologies comparables. Je les ai convaincus de rejoindre mon projet. Nous avons décidé de créer la société ensemble en octobre 2001 avec comme positionnement cette vision : une offre qui utilise les technologies Internet et Mobile, un axe privilégié qui est d’aider les organisations de santé à suivre et accompagner les patients, notamment dans les maladies chroniques ».

Ils prennent comme point de départ la gestion du diabète, avec la volonté de fournir des outils qui permettent une meilleure prise en charge de cette maladie, en aidant le patient à être davantage acteur de son suivi. En effet, dans l’informatique médicale, beaucoup de solutions s’adressent au corps médical et les solutions patient-médecin sont assez rares. « Nous avons fait le choix d’une offre B to B, dirigée vers les industriels de la santé, les assureurs et les prestataires de services médicaux. Le business model s’est perfectionné petit à petit, les offres également, mais nous n’avons jamais dévié de notre stratégie initiale », souligne Pierre Leurent. Le pari de la mobilité s’avèrera également gagnant avec la sortie quelques années plus tard de l’iPhone et un marché de niche qui se transforme en marché de masse.

Des soutiens qui ont beaucoup compté

Il est trop tôt pour faire appel à des investisseurs. Les trois associés se tournent vers des business angels : « Nous avons mis à profit le réseau de la Communauté Centralienne : Jacques Maisonrouge, l’ancien patron d’IBM International, Gérard Pélisson, le fondateur d’Accor, Yves Barbieux, qui a présidé Nestlé en France, Charles Beigbeder, Jean-Marc Bruel, qui était au board d’Aventis à l’époque, nous ont tous apporté leur expertise et leur soutien ». Premier tour de table : 160 000 €, en mai 2002. C’est grâce à cette modeste levée de fonds que les entrepreneurs commencent à développer leur première plateforme. Le premier client est l’Association d’aide aux jeunes diabétiques qui, séduite par leur approche, leur permet de tester le système sur des malades. Puis une première référence dans l’industrie pharmaceutique, avec Astra Zeneca, en 2003, sur l’asthme, avec le suivi du souffle. Un beau succès, qui sera suivi d’une collaboration avec Pfizer en 2004, pour les maladies cardio-vasculaires et d’autres encore.
« Nous avons alors réussi à faire notre premier tour de table avec des investisseurs. En 2006. Cap Décisif a été le premier fonds à nous faire confiance, rejoint quelques mois après par deux autres fonds, pour un premier tour de table de 2 M€ en janvier 2007 ».
Une levée de fonds qui permet d’intensifier les efforts.
Les relations sont bonnes avec Axa Assistance, une société internationale qui permet à Voluntis, fin 2007, de se déployer à l’export, au Royaume-Uni.

Structurer l’entreprise pour faire face à une forte croissance
 
 Voluntis réalise un second tour de table en décembre 2008. 2 M€ sont levés avec les investisseurs historiques. Les efforts de développement à l’international sont intensifiés. « En 2009, nous avons gagné un premier contrat mondial avec les Laboratoires Roche, dans le domaine de l’anti-coagulation, un contrat qui nous a ouvert les portes des Etats-Unis avec un déploiement de grande envergure en 2010 et des perspectives dans d’autres pays », explique Pierre Leurent. « Récemment, nous avons réalisé un nouveau tour de table, d’un montant de 5,1 M€, avec trois objectifs prioritaires :
 - structurer l’équipe de management, en attirant des managers expérimentés pour nous aider à passer un cap de croissance ;
 - intensifier notre développement à l’international en renforçant les moyens de notre filiale aux Etats-Unis, créée fin 2010 ;
 - accélérer le développement de nos solutions thérapeutiques : la règlementation a évolué en France en mars 2010. Les logiciels d’aide à la décision sont désormais considérés comme des dispositifs médicaux.

Une nouvelle solution thérapeutique

Diabeo s’inscrit pleinement dans le cadre de la nouvelle réglementation française : « Il s’agit d’une des solutions les plus avancées dans le monde, qui s’appuie sur les technologies mobile et web. Nous avons démarré ce projet en 2004 avec un partenaire scientifique, le CERITD (Centre d’étude et de recherche pour l’intensification du traitement du diabète), dirigé par le Docteur Guillaume Charpentier. Avec lui, nous avons perçu les enjeux spécifiques des patients diabétiques, qui ont à prendre plusieurs fois par jour des décisions thérapeutiques, pour s’injecter par exemple la bonne dose d’insuline, en mesurant leur glycémie. Il nous a aidé à rendre intelligent notre système avec des algorithmes d’aide à la décision ».
 Il s’agit d’une application téléchargeable par le patient, sur son smartphone. « C’est un carnet électronique de suivi du diabète. Le patient renseigne ses glycémies, éventuellement à l’aide d’un lecteur se connectant directement à un iPhone et donne des renseignements sur son alimentation et son activité physique. En fonction des algorithmes et des règles définies par le médecin, le système va faire une proposition de dose d’insuline à injecter. Aujourd’hui, nous sommes également capables d’analyser l’historique des données pour faire une suggestion d’optimisation des paramètres de traitement. Par ailleurs, la transmission des données du mobile vers nos serveurs web permet à l’équipe soignante de suivre les informations du patient à distance sur Internet. Ceci permet de mettre en place un télésuivi du patient entre les consultations physiques », explique l’entrepreneur. 

Toujours avec le Docteur Charpentier, Voluntis mène une démarche d’évaluation clinique de Diabeo. Trois études, dont la dernière, fin 2009, concluent à une amélioration significative de l’équilibre glycémique des patients utilisant ce système. Des preuves indiscutables qui font le succès de cette nouvelle offre, avec par exemple une baisse d’HbA1c (indicateur de suivi de glycémie) de 10 % qui signifie des réductions de 30 à 40 % des complications cardio-vasculaires du diabète dans les années à venir. « C’est un résultat comparable à ce que l’on obtient avec des médicaments largement diffusés sur le marché aujourd’hui ! », constate Pierre Leurent.
« Cette approche très innovante a suscité l’intérêt de Sanofi, avec lequel nous avons conclu un accord de partenariat en septembre dernier, dans une optique de diffusion à grande échelle. Diabeo est un produit de santé, notre ambition est d‘en obtenir le remboursement. Notre partenaire industriel a l’ambition d’être le numéro 1 mondial dans ce domaine qui ne lui est pas étranger par ailleurs, puisqu’il est leader dans l’insuline et qu’il distribue déjà, depuis 2011, des lecteurs de glycémie ».

Un business model adapté à d’autres maladies pour un énorme enjeu humain et financier

« Notre business model est de vendre des licences logicielles et des services d’adaptation pour un client donné. Nous travaillons aujourd’hui dans une vingtaine de domaines thérapeutiques. Pour ne prendre que le diabète, il s’agit, hélas, d’un marché en forte croissance, partout dans le monde. Dans dix ans, la moitié des américains seront diabétiques ou pré-diabétiques… Cela donne une idée de l’ampleur que prend cette maladie. En France, le diabète et ses complications représentent 10% des dépenses de santé », souligne Pierre Leurent, « d’où l’intérêt de retarder ses complications ».

Pour convaincre le monde médical et les pouvoirs publics, Sanofi lance cette année, en partenariat avec le CERITD et Voluntis, « Telesage » la plus grande étude médico-économique jamais réalisée sur ce type de technologies mobile et web en diabétologie. L’objectif est bien entendu de renforcer le niveau de preuve, mais aussi évaluer l’impact économique de la solution, entre ceux qui disposent du système et ceux qui ne l’ont pas.
« Le diabète est l’un de nos axes prioritaires, la dernière levée de fonds va nous permettre de développer de nouvelles solutions thérapeutiques en dehors de cette maladie ; nous allons d’ailleurs recruter un directeur médical pour effectuer des analyses par domaine thérapeutique et développer des études cliniques, en amont ».

Et l’entrepreneur d’ajouter pour conclure : « Nous créons un nouveau métier, une nouvelle catégorie thérapeutique : les dispositifs médicaux logiciels. La vision du départ est en train de devenir une réalité, nous allons vers une diffusion très large de notre offre qui présente de multiples avantages, comme par exemple permettre au personnel paramédical d’intervenir entre les consultations du médecin, bien souvent débordé ». 

Propos recueillis par Laurent Marinot

VOLUNTIS
4, rue Diderot
92150 Suresnes
Tél : 01 41 38 39 20
Site : www.voluntis.com
Contact : info@voluntis.com

 

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