Eric Bantegnie, PDG d’Esterel Technologies : « Nous développons l’intelligence en amont de… l’intelligence informatique ! »
Au Panthéon des entreprises, il y certes les multinationales performantes qui crèvent le plafond des bénéfices, mais aussi des PME que l’on pourrait qualifier de purs diamants, tant leurs atouts semblent les pousser irrésistiblement vers un avenir plus que radieux. Esterel Technologies, entreprise labellisée FSI France Investissement, est l’un de ces diamants, on peut l’affirmer avec certitude. Voici pourquoi…
Polytechnicien et ingénieur des Mines (X-Mines), Eric Bantegnie aurait pu, comme la plupart de ses pairs, choisir une carrière de cadre « très supérieur » dans la haute administration ou dans une grande entreprise. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a commencé, en passant quatre années au ministère de l’Industrie, mais, très vite, il a été saisi par le virus de la « start up » : « C’était en 1992-1994, j’ai pu observer les dégâts de ce que l’on pourrait appeler la première crise de l’informatique, avec sa kyrielle de dépôts de bilan d’entreprises qui étaient pourtant prometteuses. J’ai estimé qu’il y avait quelque chose à faire, explique-t-il, et c’est ainsi qu’en 1996 j’ai créé DYADE, une co-entreprise en partenariat public-privé entre le groupe Bull et l’INRIA, avec pour objectif d’essayer de favoriser l’éclosion d’entreprises à partir des équipes de recherche de l’INRIA. C’était donc une mission d’incubateur, que j’ai conduite jusqu’en 1998, et je me réjouis qu’aujourd’hui encore certaines entreprises que nous avons contribué à créer soient toujours bien portantes. Oui, c’est à DYADE que j’ai attrapé ce virus de la création d’entreprise ! ».
C’est ainsi que dès 1999, dans la foulée de l’expérience « initiatique » de DYADE, Eric Bantegnie, alors âgé de 36 ans, se décide à franchir le pas et crée Esterel Technologies – Esterel étant d’ailleurs le nom d’un langage informatique en vogue dans les années 1990.
Esterel Technologies, il faut bien le dire, est une entreprise comme il en existe très peu dans le monde, et pour au moins cinq raisons :
- primo, son métier est d’éditer des logiciels de développement de logiciels, autrement dit des logiciels capables de développer d’autres logiciels ;
- secundo, elle est spécialisée dans les logiciels et systèmes critiques (aéronautique, défense, espace, transports ferroviaire, énergie, automobile...) et c’est une spécialisation très rare, qui dans le monde ne compte que deux réels concurrents, un américain et un canadien ;
- tertio, Esterel Technologies est le leader mondial de ce segment de marché ;
- quarto, elle est la seule à développer la double compétence logicielle et graphique ;
- enfin, dernier point et qui n’est pas le moindre : Esterel Technologies est la seule entreprise au monde dont les logiciels SCADE Suite et SCADE Display ont été certifiés par les autorités de sureté aéronautique (FAA, EASA) et industrielle (TUV) au titre des normes DO-178B, IEC 61508 et EN 50128 au plus haut niveau de sureté.
Autrement dit, dans ce segment d’activité très sensible, ces outils de génération de code d’Esterel Technologies sont les seuls sur le marché dont le code produit ne nécessite pas de procédure de contrôles de qualité (leurs crédits de certification permettent une suppression de la majorité des activités de test des codes produits), procédure qui, lorsqu’elle est faite « à la main », coûte très cher. Bref, ces logiciels SCADE Suite et SCADE Display constituent une véritable innovation de rupture, n’ont aucun concurrent direct et représentent à ce jour l’un des moyens les plus efficaces de diminuer drastiquement les coûts de production et de maintenance des logiciels. « Nous développons l’intelligence en amont de l’intelligence informatique ! » résume Eric Bantegnie. Bluffant, non ? !
On comprend qu’avec de tels atouts la société se porte bien. La crise, certes, a impacté le CA, mais elle n’a fait que ralentir la croissance (5 % en 2009, contre 20 % les années précédentes) qui, en 2010, rebondit déjà à 15 %, pour quelque 13 M € de CA total. Et les relais de croissance ne sont pas près de se tarir, bien au contraire. Car si le marché est mature dans le secteur de l’aéronautique et de la défense (où Esterel Technologies est très dominante, avec 50 % du marché mondial), il s’est à peine ouvert depuis quelques années dans des secteurs aussi porteurs que le ferroviaire, les énergies renouvelables (éoliennes notamment), le nucléaire en phase de rajeunissement, ou encore l’industrie, au sens large, et la robotique… Et « la confiance est dans l’outil », relève encore Eric Bantegnie, rappelant et soulignant par là que les logiciels Esterel Technologies sont les seuls au monde certifiés par les autorités de sûreté.
Bien sûr, une telle activité s’adresse d’emblée au marché mondial, Esterel Technologies réalisant déjà plus de 70 % de son CA à l’export. « Nous avons mis d’emblée en place une stratégie internationale, avec la création de filiales dès l’année suivant notre propre création : 2001 en Allemagne, 2002 aux Etats-Unis et 2003 en Chine, à Shanghai, où nous avons un bureau de 25 collaborateurs et où nous avons été rentables dès la première année ! Et je dois dire que notre expérience nous a conduits à nous défaire assez rapidement du fréquent tropisme étasunien : les Etats-Unis sont un marché où l’on observe beaucoup d’inertie, alors qu’en Chine, comme je vous l’ai dit, nous avons pu être rentables dès la première année ! Plus largement, j’observe qu’aujourd’hui les BRIC représentent 40 % de notre CA à l’export, et la tendance s’affermit encore… ».
Les relais de croissance ne manqueront donc pas à Esterel Technologies, qui est d’ailleurs profitable depuis plusieurs années et s’autofinance depuis 2004, année du dernier tour de table de l’entreprise, auquel ACE et CDC Innovation avaient apporté leur concours.
De plus, Eric Bantegnie, qui se dit « passionné de philo » – et on le croit, car ce matheux a remporté le premier prix du Concours général de philosophie, en 1980 –, a une conscience forte du fameux temps long ou, comme on dirait aujourd’hui, du temps « durable » : « Nous développons notre activité sur des marchés de long terme, et cela lisse les hoquets de l’économie. Cela dit, nous restons très attentifs aux évolutions géographiques. Ainsi, nous sommes très confiants sur l’activité avec les BRIC, et “plutôt confiants” vis-à-vis des Etats-Unis, où l’on observe tout de même un redémarrage des projets. Pour l’Europe, les tendances diffèrent beaucoup, selon les pays… ».
Voilà donc “le pronostic” d’Eric Bantegnie, issu en direct d’observations à la source, puisqu’il passe les trois quarts de son temps en voyage, au contact de ses prospects et clients : « Je suis très heureux d’avoir choisi de créer une PME. C’est une expérience tout à fait passionnante, et une ouverture formidable sur le monde. D’ailleurs on peut dire qu’Esterel Technologies est une micro-multinationale : dispersés en une dizaine de pays, nos 100 collaborateurs sont issus de onze nationalités, et quinze langues sont parlées chez nous ! »Mais, que fait le PDG de Esterel Technologies quand il n’est pas entre deux avions, et qu’il s’accorde quelques jours de repos ? Il continue de voyager, mais à la voile, avec son bateau…
Alfred Mignot - Plus que les mots
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