Amine M Abina, Nokad : « Notre ambition est de mettre au point des tests de dépistage de masse des accidents cardiovasculaires et thrombotiques veineux »
Créée en 2004, Nokad a développé une stratégie originale et brevetée devant permettre le développement de tests de dépistages pour les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux. Le parcours est semé d’embûches, mais l’entrepreneur a un secret : la ténacité. Entretien avec Amine M. Abina, Président et Directeur général.
«J’ai la chance d’avoir une double formation, médicale et scientifique, et d’avoir découvert la recherche médicale assez tôt, au cours de mon internat en biologie médicale », explique l’entrepreneur. « Le plus important est d’assimiler la logique de la recherche et de l’appliquer en recherche clinique : entrer dans le détail des mécanismes pour comprendre les tenants et aboutissants et associer cette connaissance à la pratique médicale. Cela permet d’être plus performant dans le diagnostic et la thérapeutique ».
Après avoir fait une thèse de sciences, Amine M. Abina souhaite pousser plus loin sa réflexion. Il part donc en 1998, en Post-Doc, à l’Institut de Recherches Cliniques de Montréal, dans un laboratoire de recherche. Une première expérience qui va guider son parcours « J’y ai découvert la culture nord-américaine, c’est-à-dire la culture du risque, de l’innovation, de la créativité, la multidisciplinarité dans la composition des profils présents dans les laboratoires ; l’enthousiasme des jeunes, leur conviction malgré les incertitudes. »
Et comme les belles histoires commencent toujours par des rencontres, il fait la connaissance au Canada d’un autre chercheur, François Erard. L’homme vient de l’industrie pharmaceutique suisse : il a œuvré durant près de 15 ans pour Novartis Pharma. « L’intérêt des laboratoires américains, c’est qu’ils mêlent différentes cultures ; nous avons ainsi travaillé dans la même équipe, et ensemble, avons essayé de comprendre comment, dans une démarche de type « pharmaceutique », nous pouvions intégrer curiosité et innovation. Nous avons confronté nos expériences et cela s’est cristallisé dans une idée de création d’entreprise », commente Amine M. Abina.
Ils reviennent ensemble en France, en 2001, des idées plein la tête. « Dans le cadre d’un concours organisé par le ministère de la Recherche, nous avons soumis nos idées et avons été sélectionnés. La somme d’argent était symbolique, mais psychologiquement, cela a été très important de voir que notre approche de plateforme technologique innovante de validation de cibles in vivo était comprise et validée par des professionnels extérieurs au projet. »
Amine M. Abina suit ensuite pendant une année la formation Challenge+ à HEC : « une année qui m’a beaucoup apporté, une année-clé. J’ai appris à aborder des aspects qui ne faisaient pas partie de mon parcours antérieur, tels que le financement, les ressources humaines, le marketing, le management. Cela a été très structurant pour moi ».
Ils cherchent des financements pour démarrer leur entreprise. « Nous sommes la première structure privée à avoir réussi à nous implanter au sein même de l’Université Paris 7, avec une petite subvention de l’université. Ce ne sont jamais des sommes très importantes, mais sur le plan symbolique, encore une fois, cela joue un rôle majeur ».
Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Le système électrique du bâtiment où ils sont installés est détruit par un incendie. « Nous devions donc trouver de nouveaux locaux, pour continuer à avancer ». Une aventure négative, mais que l’incorrigible optimisme et la ténacité des entrepreneurs positivisent ! : « cela nous a ouvert d’autres horizons. Par ailleurs, en 2003, nous avons été lauréats à la Fondation Aventis -Institut de France. Nous avons obtenu 30 000 €, une petite somme encore mais qui montrait que notre approche était suffisamment innovante pour pouvoir être soutenue ».
La société Nokad est officiellement créée en 2004. « Nous nous sommes implantés au sein de la Génopole d’Evry, et nous avons commencé à constituer notre équipe, qui au départ était restreinte : trois personnes ! Nous avons levé des fonds pour la première fois en 2005, avec Cap Décisif et G1J. Cela nous a permis d’installer un laboratoire à Evry en 2006 pour développer notre plateforme technologique au service de l’industrie pharmaceutique ». L’objectif de départ était de s’inscrire plus dans une démarche de service que de R&D interne ; « dès 2006, nous avons signé nos premiers contrats avec l’industrie pharmaceutique ».
Nokad travaille sur des modèles dont certaines protéines sont rendues non fonctionnelles (KO fonctionnels) par une stratégie vaccinale. L’approche brevetée de Nokad permet de dépasser les limites imposées par la technique du KO génétique. Cette méthode permet d’obtenir, dans certaines situations biologiques, des informations majeures, impossibles à obtenir avec les modèles concurrents.
En mars 2007, les travaux de R&D de Nokad permettent d’obtenir le premier KO fonctionnel chez le rat. « Les résultats obtenus grâce à cette première mondiale ont permis de mieux comprendre les voies de production et d’activation plaquettaires, avec sous-jacent, de multiples applications cliniques. »
En 2009, Nokad procède à une seconde levée de fonds, avec là encore la participation de Cap Décisif et G1J mais aussi de Sham, qui entre au capital.
L’ambition, cette fois, est de financer le développement interne, en limitant l’activité services. « Nous nous sommes concentrés sur l’un des projets développés dès 2006 qui commençait à donner les résultats les plus probants ».
L’axe de développement actuel de Nokad est donc basé sur cette compréhension détaillée de la voie de production des plaquettes. « Cela devrait nous offrir la possibilité de concevoir des outils diagnostics permettant d’estimer les risques pour un individu, d’être victime d’accidents vasculaires cérébraux ou cardio-vasculaires. Les risques génétiques prédictifs connus de ces accidents dans la population sont très peu très peu représentés par rapport à la fréquence de ces pathologies. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que nous ne ciblons pas que des sujets malades, nous évaluons un risque de thrombose ou de crise cardiaque sur l’ensemble de la population. Nous développons des outils qui pourraient permettre d’une part de diagnostiquer un des mécanismes majeurs d’activation plaquettaire, mais surtout de prédire les risques individuels de développer des thromboses ou des accidents cardiaques dans différentes situations normales ou pathologiques. Il s’agit donc d’arriver à établir un test de dépistage du risque de développer ces accidents plus qu’un test de diagnostic.
Ces outils sont développés en interne. Nous les avons validés sur des modèles expérimentaux, puis sur des donneurs sains et, désormais, nous sommes en train de réaliser le projet de développement dans deux situations pathologiques avec potentiellement l’idée d’élargir le modèle à plus d’indications ».
Le marché est évidemment colossal, un marché de masse qui permet d’anticiper de nombreux risques. Le test de dépistage devrait être testé initialement chez des patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux et cardio-vasculaires. Une fois ces pathologies évaluées, il devrait être élargi notamment aux cas de thromboses veineuses profondes.
« Nous avons les ressources pour tester quelques patients ayant développés des accidents vasculaires cérébraux, jusqu’à fin 2012. Puis, probablement avec une nouvelle levée de fonds, nous appliquerons cette approche à d’autres patients pour cette indication, puis pour d’autres », conclut Amine M. Abina.
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Pour en savoir plus sur la technologie développée par Nokad
« Les stratégies classiques pour l’obtention de modèles KO, sont basées sur l’invalidation de gènes, afin de pouvoir étudier le rôle des protéines pour lesquels ils codent. A la suite de ces manipulations, des mécanismes compensatoires se mettent souvent en place très rapidement. Ils vont venir altérer un peu, voire beaucoup dans certains cas, la voie biologique étudiée. Ces outils permettent de déterminer, souvent imparfaitement, si une cible est intéressante ou non, pour le développement d’un traitement. Pour éviter ces mécanismes compensatoires, Nokad a été plus loin et a développé des modèles d’inactivation protéique, soit des KO fonctionnels, qu’elle est la seule entreprise au monde à maitriser, applicable à tous les mammifères sains ou pathologiques, cela en seulement six mois pour une première production. Cette approche brevetée permet de dépasser les limites imposées par la technique du KO génétique, procédé long, restreint à la souris et difficile à reverser ».
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Propos recueillis par Laurent Marinot
NOKAD
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