Olivier Dubuisson, Directeur général et co-fondateur de CapDécisif Management, société de gestion agréée par l’AMF, est intervenu le 22 mars dernier lors de l’Université des Dirigeants FSI France Investissement pour expliquer à l’assistance le fonctionnement d’un fonds d’investissement et aborder notamment l’aspect humain de la relation entrepreneur / Investisseur. Réaction des chefs d’entreprises.
« Cette intervention m'a permis de cerner les motivations, les modes de calcul et la structure mentale des personnes qui prennent des décisions au sein des fonds d'investissement, en France notamment », explique un entrepreneur spécialisé dans l’innovation. « Evidemment, tout dépend de la taille et de l'orientation thématique du fonds, de la personnalité et du parcours de son dirigeant, mais Olivier Dubuisson, au travers d'exemples concrets, de son expérience, nous a démontré que ces fonds étaient des entreprises comme les autres, avec des contraintes règlementaires fortes ».
L’entrepreneur se félicite d’avoir été éclairé sur le fonctionnement des sociétés de gestion, mais aussi sur le vocabulaire propre à cette profession. « J’ai aussi mieux compris les demandes et les attitudes des investisseurs tout comme l’intérêt de rédiger un pacte d’actionnaires. Ma vision a évolué vers plus de compréhension et de patience, vers une clairvoyance plus affirmée qui devrait me tenir à l'écart des préjugés et de réactions inappropriées face à un partenaire qui nous accompagne un temps sur la route de la rentabilité et sur des objectifs de croissance et de performance ».
Sa propre expérience des levées de fonds l’amène à constater, un an après, que les relations humaines avec ses investisseurs sont très cordiales,« voire chaleureuses, même si la situation macro-économique actuelle rend toujours plus difficileet incertainel'atteinte d'objectifs fixés au moment de la signature d'un pacte d'associés complexe », relève l’entrepreneur pour qui « les discussions se font dans une atmosphère de travail concertée avec des hypothèses réalistes prenant en compte la conjoncture. La bienveillance des uns rencontre le sens des responsabilité des autres ».
L’entrepreneur ne partage toutefois pas complètement l’affirmation du Directeur de Cap Décisif : « l’amitié développée entre un investisseur et un entrepreneur est un évènement impossible ». Pour ce chef d’entreprise,« la confiance étant un ressort essentiel de l'amitié, il est tout a fait possible de créer des liens forts entre individus embarqués sur la même galère, même si "l'océan économique" réserve toujours, sur une période de plusieurs années, tempêtes, houles, marées montantes ou descendantes ou morne platitude. Au terme du parcours, il y a effectivement des pourparlers et des conflits d'intérêts qui surgissent. Ce qui est prévu au départ n'est jamais présent à 100% à l'arrivée.Cependant, je considère qu'entre gens intelligents et honnêtes, une solution équilibrée et globalement satisfaisante est généralement toujours au rendez-vous. En définitive, je me retrouve assez bien, avec ma propre expérience, dans les approches et propos d’Olivier Dubuisson ».
Comme cet entrepreneur, les chefs d’entreprises présents ont apprécié l’intervention du co-fondateur de CapDécisif Management et en ont profité pour poser de nombreuses questions, échanger très librement et confronter leur expérience.
Une voix s’élève toutefois pour tempérer l’enthousiasme général : « Je n’ai pas appris grand chose et le fossé entre entrepreneur et financiers n’a pas été réduit. C’est une expérience, son expérience, mais elle ne me semble pas représentative de ce que sont les relations entrepreneur/investisseur. Je n’ai pas eu l’occasion de lui poser la question, mais qu’aurait-il fait face à des entrepreneurs lassés par leur projet, qui ne trouvent pas d’acheteur à 20 % de TRI, mais à 10 ou 15 % ? Préfèrerait-il vendre ou prendre le risque de continuer pour atteindre les objectifs initiaux malgré la démotivation des entrepreneurs ? ».
Un autre entrepreneur précise :« J’ai une expérience d’investisseur, mon opinion est donc un peu biaisée. Je pense que l’intervention était passionnante pour la plupart des chefs d’entreprises présents, si ce n’est qu’il a parlé essentiellement d’une problématique tournée vers l’amorçage. Je pense qu’en développement, le problème est sensiblement différent. Mais cette intervention permet de mieux comprendre la problématique de chacun, de se mettre un peu à la place de l’autre ».
Pour cet autre dirigeant, qui œuvre sur le marché des cosmétiques, ce type d’intervention d’un investisseur passionné par le monde des PME fait avancer les choses :« ce discours transparent d’un investisseur m’a permis notamment de mieux comprendre la nécessité pour eux d’avoir un excellent reporting et une relation de confiance, même si les motivations d’un fonds ne sont pas identiques aux nôtres. Je pense avoir mieux compris leur psychologie, leurs doutes permanents, liés à leur fonction, que nous devons comprendre sans toutefois nous laisser envahir par leurs propres angoisses. Il ne faut jamais oublier que chacun a son rôle à jouer et qu’il y a un équilibre à trouver ».
Propos recueillis par Laurent Marinot

